La vague.Poème

Déferlante perlée, pas à pas
A chaque ressac, s’approche dangereusement
Les brises nocturnes ont embrasé les corps
Il fait nuit et je vois le néant
Ma main touche des plages interdites
Les mots s’entremêlent et s’entrechoquent
Le sable engloutit les âmes seules

La vague chantonne dans mon oreille
Nageons à contrecourant
Découvrir les autres berges
La vague est là, toujours
Délicieux va et vient

Debout face à l’océan, je rayonne
La lune se cache dans le cristal
Tangue, chaloupe, brin de danse, je plonge
Remonte en apnée à la surface
M’abriter des vents, chasser les embruns
A tout prix, à tout prix
Me laisser engloutir

Les monstres marins se terrent
Ils ont réveillé les morts et nos feux
Consignés dans le journal de bord
Ils caressent en violence les rêves
Une sirène a tatoué la rose des vents
Mes yeux remontent jusqu’à l’estuaire

J’attendrai la marée et ses fidèles
Blottie contre les rochers
Regard outremer profond
Me perdre, m’y noyer

@LaurenceMarino

P1080411

 

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Des âmes égarées. Poésie

Issam est pieds nus
Il fait froid et il a faim
L’heure du repas est passée
Sa maman est loin, ses frères perdus
La télé ici crache son venin
Costumes gris contre âmes blanches
Moi j’en veux pas ! Ils sont en trop
Issam, lui est enfermé dans une tente, dans un camion
Gelures aux pieds qu’on n’ira pas sauvées
Il a faim et il fait toujours froid

REVEILLEZ-VOUS !

 

@LaurenceMarino
Ce texte a été écrit lors d’un atelier avec Patrice Luchet poète bordelais. Il est né d’un mélange d’indignation et de sidération. La même semaine, j’avais vu à la fois un reportage sur un sauvetage d’une alpiniste de renom et la débauche de moyens mis en oeuvre et un autre sur les enfants perdus lors des migrations.

images

Dialogue entre sourds. Poème ou à peu près.

Dis, comment on retrouve moi ?
Ma gueule face au miroir
Je ne me vois pas

Dis, comment on reste soi ?
Cherché dans les bouquins
Mais pas trouvé la clé

Dis, comment on devient nous ?
Moi, ce que je voulais c’était toi
Mais toi pas vouloir moi

Dis, dis,
Comment on oublie toi ?

@LaurenceMarino
Février 2018P1080565

Crédit photo @LaurenceMarino  » Fille dans les rues de Rome »

Les anciens mondes.Poèsie

Laisse filer les ombres
Débarrasse-toi de ces sourires étriqués
Ils te collent à la peau et entaillent ta joie

Laisse filer les ombres
Juste de l’autre coté, tout près
Cela te tient qu’à un fil, rien qu’à toi

Faut juste un peu d’audace
Une goutte infime de naiveté
Un seul pas et tu seras au bon endroit

Lâche ces vieux jours
T’as déjà cherché à t’en laver
Mais les moisissures se sont incrustées

Lâche ces terribles jours
Dépouille-toi des réalités
Abandonne tes anciens mondes

@LaurenceMarino
Janvier 2018


Unknown
Elina Brotherus, Le Voyageur 2, 2004

Petit Papa Noël. Poème

Petit Papa Noël
Des lumières partout
Quand tu descendras du ciel
Des gens pressés et mouillés
Avec tes jouets par milliers
Une danse de parapluie
N’oublie pas
Des voitures qui se bousculent
Mes petits souliers
Portemonnaie qui se vide
Mais avant de partir
Vendeurs désolés et fatigués
Il faudra bien te couvrir
Noël est fini
Dehors tu vas avoir si froid
Sapins fanés
C’est un peu à cause de moi
Couronnes bonnes pour le placard
Il me tarde tant
Guirlandes et boules recyclées
Que le jour se lève
Vacances pour les jeunes
Pour voir si tu m’as apporté
Labeur pour les autres
Tous les beaux joujoux
Cernes sous les yeux
Que je vois en rêve
Tristesse au fond des cœurs
Et que je t’ai commandés
Impressions que tous s’amusent
Petit Papa Noël
Fêtes à en pleurer

 

@LaurenceMarino 2018

 

Nés du magma.Poème

Nos âmes
Telles des statues de boue
Figées là, pieds engluées
Se tiennent sans ciller
Ames incandescentes, mains liées
Fruits d’un père orage et d’une mère lahar
Elles pleurent cendres et poussières
Nos âmes
Et puis au plus profond des chairs
Dans une minuscule chambre d’ombres
Une avalanche a séché nos larmes laves
Les particules se sont rencontrées
Amours indestructibles de balsate
Pierre spirituelle de la découverte

 

Un jour est né
Le feu de la glace en miroir
La fissure devenue trop grande
Béante de nos silences amoncelés
Années de nuées ardentes
Un volcan, une tornade, un cataclysme
Nos âmes libérées
Le jour est enfin né

 

th

 

 

 

Mes trop rares. Poème

Mes rares impatiences
Elles ont pris l’ampleur d’un vent fort
Petites vagues noyant toutes les colères
Elles trépignent de ton vide
Crachant sur ces espaces laissés en jachère

Mes rares certitudes
Elles ont tournoyé sur un pont suspendu
Délicates feuilles emplies de fébrilité
Elles tremblent de cette chaleur
Brûlant de cette injustice criarde

Mes rares nervosités
Elles ont le goût de la fièvre
Temps d’abandon posé sur de la dentelle
Elles s’évaporent de ton absence
Pleurant de cette jungle pâle

Mes rares abandons
Ils ont la blessure de tes pas
Ravins aux parois d’argile
Ils se faufilent du côté de mon âme
Dévastant la vie d’un souffle court

th

 

De nombreux commentaires sur ce poème,
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mes-trop-rares?all-comments=true&update_notif=1512407796#fos_comment_2217843