Des questions idiotes. Poème

Tu voulais savoir quand est-ce qu’on est amoureux
Tu voulais saisir comment c’est et comment on sait
Et moi, pauvre pomme, devant toi, en silence, allongée
Apeurée, attristée, vidée, pétrifiée
Questions en ritournelle, mes pensées bloquées
Bouche close, je ne sais pas, on le l’est pas
Si on l’était, on le saurait tous les deux. Sans hésiter.
Nos cœurs diraient le même texte en stéréo
Je ne pleurerais pas le soir, tous les soirs
Ta main chercherait sans cesse la mienne
Nos bouches ne pourraient se repaitre l’une de l’autre, elles sauraient

Alors je ris à tes questions, je balaye mes larmes
Quand on l’est, on le sait. Assurément. 
Ton amoureuse, elle saura dire vos mots et battements de vie
T’inventer des mondes et merveilles, un univers de possibles
Te chanter les couleurs de l’amour, les saveurs de la passion
Elle rendra possible tous tes rêves et délirs et même plus
Elle peindra les paysages de vos deux corps
Et puis quand tu seras fatigué, juste te lire des pages blanches,
Te faire écouter des mélodies sourdes 
T’initier aux secrets des femmes, du vin, de la Terre
Ta bien-aimée, tu t’accrocheras et tu ne voleras plus
Tes bras autour de sa taille, de ses hanches, de son cœur
Amarré à cette femme unique, elle sera déesse
Et toi, dieu vivant, genoux à terre, âmes liées
Vos draps formeraient des fleuves tumultueux sans port
Les barrages deviendraient minuscules, vous seriez forts

Comment ? Tu n’as jamais connu ces vacarmes ?
Et les nuits blanches peuplées de mes absences ? Non plus
La bouche sèche, les yeux humides toujours quand on est séparé ?
Les souffles courts toujours et encore, encore, la haine ?
L’amour c’est tout cela à la fois avec les belles certitudes aussi
Alors l’amour, tu sais, moi je le sais, je le connais
Cynique ami que tu m’as présenté quand on s’est rencontré
Il passe rarement à nos portées et se fait fragile aux courants d’air
L’amour, c’est lorsque tu laisses la porte ouverte à la douleur
Quand tu sais que l’autre te fera souffrir
C’est la jalousie qui déchire tes tempes et détruit ta peau
C’est ce lit qui devient maudit quand il se vide
Ce même endroit chéri quand tu y glisses
C’est aussi les peurs qui t’empêchent de respirer, de penser
Ces journées bonheurs main dans la main, ivres
C’est la tour d’ivoire dans laquelle tu t’enfermes sans espoir
Les minutes qui nous séparent et que je déteste
C’est ton corps contre le mien, la folie dans les yeux
Ces heures volées, ces minutes fulgurantes
Ces nouvelles prières que je récite lorsque tu n’es pas là,
Celles que je lance quand tu t’approches comme un talisman
C’est tout cela l’amour, et je le sais
Ta main sur mon ventre, le désir qui revient, encore
Mais déjà tu hausses les épaules, c’est idiot les femmes, ça parle trop

@LaurenceMarino2019

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Sigil. Poème

A la lueur des bougies, rêves brûlants, cuirasse ôtée
Poser les mots en phrase simple et limpide
Intention chantonnant, corps en balancier, santal tourbillon

Anges et démons malicieux convoqués à la fête
Les flammes léchant les paupières jusque-là mi-closes
C’est à présent le temps du langage secret

La main précise calligraphie, la phrase majestueuse danse
Et enfin respirer et expulser la vibration
Faire qu’elle atteigne les contrées les plus reculées

La belle magie du chaos, en parfaite reine s’impose
Invitation des totales emprises sur nos deux corps
Science illicite qui lie à jamais, lèvres cristales

Sans faillir encrer les traces sur un morceau fin
Et puis dans une transe, dessiner chaque intention
Les laisser se détacher, les expulser et toujours les oublier

Délires occultes nés d’un antique grimoire
Nouer nos âmes perdues à l’éternité
Voir s’accomplir mon violent et délicat sigil
Magique sceau de destins et de lettres mêlés 

sigil
Sigils : sceaux magiques utilisés dans la sorcellerie

@LaurenceMarino2019

Traces du passé. Poésie

Un seul regard a suffi pour découvrir ce nouveau monde
Peau fripée, marquée par les jours passés
Mes mains malhabiles dans la glaise, timides
Contours du visage, creux abyssaux
Bouche fermée, pincée, étonnée
Le masque à peine couvert, à la face du monde
Plus rien à cacher
Mes doigts souverains fouillant dans les fissures
Découvrir cette terre aride et désolée
Glisser sur les failles récentes, regrets

Un unique matin face au miroir cru
Lumière du jour ou complice pénombre du soir
Les cicatrices des heures font face, tortueuses
Sillons des malentendus, traces des peut-être
Les sourires se pressent au coin de la bouche
Lèvres rouges, vie toujours débordante
Plus rien ne se cache
Les plis de la peau, bijoux des vies passées
Dépasser la peine, caresser, s’incliner
Garder les secrets de ces rides

@LaurenceMarino2019


Tableau Ernst Ludwig Kirchner, Toilette

Valse noire. Poésie

Je me suis souvenue…Ma route a, un jour, croisé la sienne
D’aussi loin que ma mémoire battait des pulsations amères
Son contour et sa tenue étaient collés à ma rétine
Allure de chef, port de tête impérial, lèvres fermées, froid
J’ai tellement de regrets, paillettes fades sur les yeux
Mes nostalgies jetées au fond d’un puits
Chanson mélancolique battant le rythme des morts
Un, deux, trois, ses mains disparaissant dans les chemins de ma robe


Pas à pas, je suivais son ballet sans dire mot, sans crier bas
Mes erreurs en ribambelle, arrogantes mais stériles
Larmes sèches et sombres sans jupon de faiblesses
Nous ne danserons plus le calypso
L’heure des amnésies résonnait dans nos horloges
Disparues les absences et fugues
Les parfums du pardon enfouis sous les terres
Un, deux, trois, mélopée suintant de l’orchestre hilare

Sur la piste, troc et marchandages sans résultats
Alors j’ai envoyé valsé les lacunes à bout de souffle
La danse noire glissant sur le sol des pleurs
Sans effet aucun sur mon marchand des oublis

@LaurenceMarino2019

La valse Camille Claudel



 

Les chutes.Poésie

Pas s’approcher du bord, surtout ne pas regarder en bas
On m’avait dit de m’éloigner du fracas et des risques
Falaises tentatrices, sentiers à peine battus
Mes ombres m’ont précédée et j’ai volé

En premier frimas, un terrible vacillement
Une onde des chocs, combat de géants
Le regard perdu au delà des convenances
Largués mes forces et points d’appui

Tout au bout de la montagne, là
Attirance de pôles, bascules
S’élancer à bout de bras, embraser les roches
Tout cacher, enfouir les avalanches

L’équilibre était à présent rompu
Quitter les terres du juste milieu
S’enflammer, consumer, choir
A mes deux genoux, pleurer les agitations

Mon corps ondoyait, loin de tout
Sans apesanteur, se saisir de l’avalanche
Mordre les vibrations en riant
Sans fin, lécher les vertiges

Ames oscillantes, fausses amies
Croyances en file indienne, échouées
Tanguer entre les morts
Soi trébuchant, toi complice

@LaurenceMarino2019

Peinture Van Gogh

Van Gogh

Trop. Poème

Ils m’ont dit que j’étais trop
Trop de tout, trop de brins
Eclats de mots, gestes haut en couleur
Mes pieds attachés au sol, tête dans l’univers, loin

Insultes claquées, trop de riens
Trop vite, trop bien
Ce devait être bâclé, menteuse
Mes yeux pleurent, mes mains saignent

Tu es trop, tu me tues
Trop froide, trop rêveuse
Collée aux murs de crépi, assommée
Terrassée par les injures,  lâche injustice

Tout est faux, pacotilles, tu exagères
Tu délires, tu racontes, t’écris
Trop artiste, trop triste, trop en dehors
Tout en couleurs, trop secrète, trop de pression

Paquet de kilos de trop sous le sapin
Que faire de ces épines, de ces ballots
Trop d’énergies, trop de passions
Regards de peurs et de mépris

Ils me crient des litres lestés de trop
Déversent des aiguilles de crainte
Futiles étincelles sur l’asphalte
Je suis seulement mon unique magicienne

Dans mon monde, les yeux transpercent les écorces
Les tableaux caressent les âmes
Chaque musique emporte les corps dans une nuée d’étoiles
Les anges se tiennent derrière moi en riant
Dans ma planète, les ciels sont couleurs mélangées
Pôles inversés, échelles, tête à l’envers
A même les pentes, les châteaux s’édifient
Dans mon monde, les peaux se marquent
Les fables coulent des bouches en cascade
Les fleurs jaillissent de bétons noirs d’espoirs perdus
Les injonctions meurent dans un râle malade
Des voleurs de vérité sont étranglés

Dans mon monde, mes trop se tissent en gratitude
Tout résonne sans raison 

@LaurenceMarino2018

Trente minutes.Poème

Trente minutes
C’est le temps que l’on s’offre
Intermède silencieux
Chute des vents et fréquence cardiaque ralentie

Trente minutes
Les parfums jaillissent des fleurs
Saisissant nos narines
Renversant les attentes

Trente minutes
Mes yeux te voient encore
Les caresses cachées dans les ombres
Nos désirs à bout de doigt

Trente minutes
Favorites du crépuscule
Au détour des aubes
Nus

Trente minutes
Le ciel est entre deux
Nos jours s’enfuient
La nuit a peur des délices

Trente minutes
Silence et soupirs étouffés
Battements de nous
Tornade éphémère

Trente minutes
Avant le déclin de l’astre
Juste au bord de la lune
On se découvre

Trente minutes
C’est le souffle du temps
Refuge de nos corps
Juste les heures bleues

@LaurenceMarino2018