Trop. Poème

Ils m’ont dit que j’étais trop
Trop de tout, trop de brins
Eclats de mots, gestes haut en couleur
Mes pieds attachés au sol, tête dans l’univers, loin

Insultes claquées, trop de riens
Trop vite, trop bien
Ce devait être bâclé, menteuse
Mes yeux pleurent, mes mains saignent

Tu es trop, tu me tues
Trop froide, trop rêveuse
Collée aux murs de crépi, assommée
Terrassée par les injures,  lâche injustice

Tout est faux, pacotilles, tu exagères
Tu délires, tu racontes, t’écris
Trop artiste, trop triste, trop en dehors
Tout en couleurs, trop secrète, trop de pression

Paquet de kilos de trop sous le sapin
Que faire de ces épines, de ces ballots
Trop d’énergies, trop de passions
Regards de peurs et de mépris

Ils me crient des litres lestés de trop
Déversent des aiguilles de crainte
Futiles étincelles sur l’asphalte
Je suis seulement mon unique magicienne

Dans mon monde, les yeux transpercent les écorces
Les tableaux caressent les âmes
Chaque musique emporte les corps dans une nuée d’étoiles
Les anges se tiennent derrière moi en riant
Dans ma planète, les ciels sont couleurs mélangées
Pôles inversés, échelles, tête à l’envers
A même les pentes, les châteaux s’édifient
Dans mon monde, les peaux se marquent
Les fables coulent des bouches en cascade
Les fleurs jaillissent de bétons noirs d’espoirs perdus
Les injonctions meurent dans un râle malade
Des voleurs de vérité sont étranglés

Dans mon monde, mes trop se tissent en gratitude
Tout résonne sans raison 

@LaurenceMarino2018

Publicités

Trente minutes.Poème

Trente minutes
C’est le temps que l’on s’offre
Intermède silencieux
Chute des vents et fréquence cardiaque ralentie

Trente minutes
Les parfums jaillissent des fleurs
Saisissant nos narines
Renversant les attentes

Trente minutes
Mes yeux te voient encore
Les caresses cachées dans les ombres
Nos désirs à bout de doigt

Trente minutes
Favorites du crépuscule
Au détour des aubes
Nus

Trente minutes
Le ciel est entre deux
Nos jours s’enfuient
La nuit a peur des délices

Trente minutes
Silence et soupirs étouffés
Battements de nous
Tornade éphémère

Trente minutes
Avant le déclin de l’astre
Juste au bord de la lune
On se découvre

Trente minutes
C’est le souffle du temps
Refuge de nos corps
Juste les heures bleues

@LaurenceMarino2018

 

Il est. Poème

Il est un continent où les vagues ne se rencontrent jamais
Perdu au milieu de nulle part
Les âmes sensibles y échouent
Des larmes en cascade et des cœurs éventrés

Il est un jour durant lequel les mots séparent
Précis et nets, bords tranchants
Les cœurs n’y sont jamais préparés
Des tristesses sauvages et des regards gâchés

Il est une minute où nos destins basculent
Pauvres petites choses, défense de pleurer
Les mains se cachent dans les larges habits
Des restes étriqués et miettes nostalgiques

Il est une nuit qui submerge les émotions offertes
Cadeaux sans destinataire, laissés à quai
Les tendres ne seront plus
Des mots de fin sans appétit

Il est un cœur qui croyait en la magie
Pépites du quotidien camouflées
Les merveilleux ne sont pas là
Des mirages improbables

@Laurencemarino 2018

47679f705bc2b05732e6e19be4e8986e

Peinture @John Singer Sargent

Une étoile dans le coeur. Poème

Au dessus de ma tête, un ciel de lumières
Rester là, présente à moi
Ermite du monde
Percevoir les silences
Dompter mes peurs et animaux viles
Respirer chaque absence
Pas après pas dans le désert

Je suis partie façonner mon monde
Dessiner ses nouvelles frontières
Boire les calices des fleurs sauvages
En exil de toi, en abandon des fièvres
J’ai délaissé les villes fumeuses
Pris une route sèche et rocheuse
Vagabonde en talons

Tes mots entraves, ton parfum lourd
Tout s’éloigne aussi
Mes empreintes figées dans la terre grise
Incrustées les larmes
Les mots caressent et frappent
Les vents violents chassent
Prendre mes maux en impatience

Et puis un soir, ma solitude en feu de joie
Lèvres brûlantes du désespoir
Oublier, élimer les amours
Renaitre et boire les cendres
Dressée comme une déesse
La solitude comme robe
Une étoile dans le cœur

@LaurenceMarino2018

J’aime les chagrins d’amour. Poésie

J’aime les chagrins d’amour
Ils rendent le souffle court
Enveloppent les ardeurs en pluies amères

J’aime les larmes de manque
Les creux laissés dans le ventre
Les cris du désert et les routes fades

J’aime le désespoir qu’il laisse
Les cris et les portes closes
Les fins d’histoire qui claquent

J’aime l’abandon amoureux
Nos mains qui se séparent
Les bouches qui ne se toucheront plus

J’aime la tourmente
Ses nuits blanches, ses matins noirs
Les jours sans espoir et l’avenir linceul

J’aime les mots calvaires
Les phrases abruptes, sans concession
Les vérités jamais bonnes à attendre

J’aime la torture que tu laisses
Ton corps qui ne reviendra pas
Mes espoirs perdus dans le miroir

J’aime nos blessures ancestrales
Les réveillées, les anciennes, les toujours
Les heures pleurant les remèdes

J’aime ces gémissements du mal d’amour
Les râles au cœur de la nuit
Les orgasmes de ma tragédie

J’aime endurer la mélancolie
Savoir que c’est à jamais parti
Les minutes qui entaillent les rares espoirs

J’aime vivre l’enfer des jours sans toi
Délicieux déchirement
Faible punition pour mon audace

J’aime notre histoire d’amour
Panache des passions déraisonnées
Aller retour d’un règne de folies

@LaurenceMarino2018

Femme du dedans, femme du dehors. Poème

Femme du dedans, femme du dehors
Mélanger les deux en restant soi
Petit bout donné, morceau volé et fragment égaré
Tout rassembler
Terre bien ronde sans aspérité en dehors
Couloirs de magma serpentant dedans
Avalée par des monstres sans tête dans des nuits pleines et rocambolesques
Mots en pagaille, foule d’autres, multiple et secrète en bois d’ébène
Corridors de portraits sans voix et sépulture des miettes d’âmes
Impossible de mettre sous clé le dedans
Permettre au dehors de vivre en musique
Laisser place aux respirants sans trahir, sans mentir
Coller bout à bout les tissus chatoyants
Monter l’arc en ciel et glisser
Assise sur une balancelle de paille
En aller retour du noir au soleil

@LaurenceMarino th

 

Phare du bout du monde. Poésie

Dans le fracas de deux vagues
Retentit la musique de nos chuchotements
La lumière y murmure une mélopée assourdissante
Les clapotis nous susurrent des mots abyssaux

Nos corps recouverts de draps d’écume
Plongés dans l’océan
Toi capitaine des eaux troubles
Moi femme lune

Il est des rencontres à la marge de la terre
Refugiés dans notre phare du bout du monde
Cabane branlante en bois, majestueuse
Cache de nos exaltations marines
Les sept lampes pour seul soleil
Cap gardé sur nos plaisirs

Dans le ressac noir, les pensées s’engouffrent
Tapent avec violence les certitudes
Noyées les pâles silhouettes sur la plage
Evincés les châteaux de sable

Nos seules peaux alanguies sur les crêtes
Tout à la surface, la mousse recouvre
A fleur d’eau, les anges de la mer
Gardiens de notre confluent

@LaurenceMarino 2018DSC00156