Série Les petites musique 6.

J’ai treize ans, il fait froid et on se réfugie dans les toilettes du collège. C’est l’âge des premiers magazines, des posters collés dans la chambre et des courriers des lecteurs. C’est l’âge où l’on chante à tue-tête parce qu’on est enfin une grande. Je suis en 5ème. J’ai la chance de ne pas avoir de boutons d’acné, de porter un jean et des converses et je chante. L’année suivante, on apprendra sa mort tragique. Lui c’est Daniel Balavoine.

C’est difficile de choisir une de ses chansons tellement je les aime toutes. Sous couvert de variétés, il a composé des chansons tellement engagées. J’aime ces hommes, ces artistes qui n’hésitent pas à dire à voix haute leurs colères.

Très récemment, j’ai entendu une émission de radio où il commençait par dire qu’on distillait la peur chez les gens plutôt que l’amour. J’ai entendu son discours tellement moderne. Ses combats contre le racisme, contre le front national, contre la famine sont autant de positions fortes qu’il a incarnées. Il nous manque. L’artiste me manque.

Et puis, il y a les textes qu’on connaît tous, ceux qu’on fredonne, ceux qui nous ramènent à nos jours d’ado. J’en ai choisi deux, mais j’aurai pu en prendre bien d’autres…

https://www.youtube.com/watch?v=D8mfdeCersw

https://www.youtube.com/watch?v=bkv3i-FcoJg

 

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Quand les écureuils soignent les burn-out. Nouvelle

 

Certains textes mettent plus de temps à voir le jour. Ils sont remisés dans la pénombre et attendent leur heure. Celui que je vous propose aujourd’hui est ancien. Il était rangé dans un fichier que j’appelle « En jachère » et pourtant il était fini. Alors, j’ai décidé de le mettre en lumière, peut-être pour le partager avec ceux qui en ce moment voient tout en noir. Comme une lueur d’espoir assurément. Ici, tout est fictif, vous l’aurez tous compris. Aucune situation n’est réelle, ce n’est que de la littérature, bien entendu. Puissent les mots donner un peu de lumière, puissent les intentions venir caresser vos joues en larmes.

Ce texte est pour vous. Seulement pour vous.

Un jour tu te rends.
Tu te rends compte qu’on te fait remplir des tableaux que personne ne consulte, que les dossiers qu’on te fait constituer sont remisés dans des armoires. Que ces armoires sont vidées par les gens qui démissionnent. Et alors on te fait recommencer.

Un jour, tu obéis à des ordres que tu sais inutiles puisque d’autres avant ont aussi essayé et cela n’a pas fonctionné. Au départ, tu parles, tu expliques mais on te dit de fermer ta gueule. Alors, tu obéis. Et puis plus loin, tu vois tellement les incohérences qu’elles deviennent insupportables, insurmontables. Tu sais que cela va passer mais tu n’y parviens pas. Je reviendrais quand ils seront partis, calmés, virés. Je reviendrais quand je pourrai à nouveau travailler dans la sécurité, dans la continuité.

Burn-out. Je connaissais la signification. J’avais même côtoyé des gens qui en avaient vécu, enfin côtoyé d’assez loin. Parce qu’au fond, je n’y croyais pas vraiment. Encore aujourd’hui, nichée sous ma couette à 9h38 un jeudi, je suis perplexe. Il me reste seulement quelques certitudes comme des post-it sur mon cerveau :

– Je ne peux pas me lever

– Hier, j’ai rangé mon bureau comme si jamais je n’allais revenir

– J’ai failli foncer dans une voiture pour en finir (avec quoi d’ailleurs ?)

– Je rêve depuis trois semaines d’avaler mon valium du soir pour rejoindre le paradis du sommeil

Durant des semaines, j’ai lutté. En vérité, cela fait des années que je lutte. Tout est de la faute des Autres. Instabilité institutionnelle, malaise général, j’ai longtemps cru que demain irait mieux. J’ai gratté, donné tout ce que j’avais dans le ventre et Dieu sait si je possède de l’énergie. Mes batteries aujourd’hui sont vides, déchargées, anéanties. Quelques gouttes d’eau et le vase a explosé. En définitif, c’est tout mon moi qui a implosé. Les larmes ont coulé sans s’arrêter et soudain j’ai eu moins mal à cette épaule bloquée depuis un mois. Les douleurs allaient crescendo. Je vais vous faire rire mais déjà l’année dernière, j’avais eu une belle alerte. Un escalier, une tong, une chute, une triple entorse, un déchirement des ligaments, des os en miettes et des douleurs à vie. Je savais déjà que la chute n’était pas involontaire. Oh lààà, je n’ai pas fait exprès de tomber mais mon corps me disait que je n’allais pas tout porter. Je ne pouvais plus avancer.

Et là hier, j’étais partie travailler comme d’habitude. Ça allait mieux. Ce matin, j’ai pris ma voiture (enfin c’était hier). J’ai conduit en automatique. Pas ma voiture mais je me rendais compte que je ne regardais plus la route manquant des accidents à chaque coin de rue. J’aurai pu renverser quelqu’un ou le tuer sans état d’âme. Ma raison me disait déjà que je faisais n’importe quoi. Je suis arrivée au bureau, j’ai regardé les 89 mails reçus en deux jours à peine : des pleurs, des demandes d’impossibles, des mots qui ne servent à rien. Et un mot qui tue. Une baisse de prime. Pas grand chose 14,68 euros. Que dalle, même pas le prix d’un bon bouquin et même pas un remboursement de repas. Juste un symbole, juste une reconnaissance pour l’énergie et la santé que je ruine dans cette entreprise. Merci Patron.

Pour rembobiner le fil, j’ai une enveloppe à distribuer chaque trimestre et cette fois ci j’ai voulu marquer le coup sur des nouveaux collaborateurs. Mon enveloppe dépassait de 100 euros j’ai questionné mon directeur intérimaire. Il m’a juste répondu qu’il baisserait la mienne, était-ce grave ? Trait d’humour, ironie. C’était vendredi dernier et après des pleurs j’ai ravalé. Il devait plaisanter.

Et ce matin, il m’annonce que ma prime baisse pour de vrai. Dix ans de boite. Le dernier boss s’est fait lourder en septembre. Et là, merci Madame pour vos efforts, merci d’avoir poursuivi sans tirer au flanc.

C’était trop. TROP. TROP. J’ai transmis mes rendez-vous importants à ma plus fidèle collaboratrice et amie. Je lui ai dit que c’était fini. J’ai rangé mon bureau, vidé mes affaires personnelles de l’ordinateur. J’ai agi en automatique mais de manière tellement méthodique. Comme si un être s’était emparé de moi et agissait à ma place. Comme une bonne amie qui aurait réalisé ces petits gestes à ma place, comme une bonne copine qui aurait pris ma peine en charge. Seule était présente la certitude. Je devais partir. C’était fini.

Mon docteur n’a pas cherché longtemps à comprendre. Il avait pigé l’essentiel. J’ai pleuré et pleuré encore. J’ai aussi raconté que je ne savais pas de quelle manière j’avais conduit. Pas vraiment envie de mourir mais pas une folle envie de vivre. Question de survie plutôt. Tout mélangé. Plus tard, il paraît que j’ai crié sur mon mari. Je m’en excuse, je ne m’en souviens même pas. Je suis rentrée chez moi avec une ordonnance et j’ai envoyé un mail. Je suis en arrêt à partir de demain et contrairement à mes habitudes je ne répondrais à aucun message. J’ai même pensé à faire bloquer par l’informaticien mon accès professionnel mais depuis ce matin, je suis connectée sur l’ordinateur et même pas besoin de lutter. Je ne veux plus rien savoir d’eux. Plus rien. Je vais déconnecter deux semaines. Au moins.

En rentrant j’ai enlevé ma tenue de travail et je l’ai enfoui dans un placard, je ne veux plus la voir non plus.

 

Ce matin, j’ai vu une vidéo qui m’est apparue comme par miracle. Ça parlait du brown-out. C’est quand l’absurdité s’invite au travail. Voilà, j’ai trouvé ce qui me colle au fond du lit depuis hier. Je fais des choses absurdes. La plupart des mortels s’en foutrait et prendrait leur salaire. Ils joueraient au solitaire sur leur ordinateur comme le font très bien certains. D’autres comme moi explosent. Ne trouvent plus le goût et perdent même ce qui faisait leur force : la pêche.

On me fait faire des statistiques depuis des années que j’envois à des gens qui changent tous les ans. Et puis, un jour, je demande à la nouvelle personne ce qu’on fait de ces tableaux. Elle me répond d’arrêter de les envoyer.

Je remplis des plans d’action dont le mode d’emploi est tellement complexe que je passe plus de temps à réfléchir à utiliser le logiciel qu’à faire ressortir des idées brillantes. On m’explique que je suis manager, que je dois minimiser les risques de RPS chez mes collaborateurs mais on ne me dit qu’un tiers des infos stratégiques de la boîte. On m’envoie en formation, en stage, en séminaire loin de chez moi sans même prendre en considération ma vie privée. Je reviens encore plus frustrée, blasée de vivre ces grands écarts. « Ils ne comprennent rien ». C’est devenu mon mantra alors que je suis la plus positive des femmes. Ils me font me détester.

Alors ce matin, je suis encore en pyjama, j’ai passé trois heures sous la couette à somnoler et je me suis levée pour écrire. Un peu aussi pour ranger la maison qui doit rester mon havre de paix. Encore faut-il que mon mari reste patient et j’ai de sacrés doutes sur sa capacité à absorber mon mal être. J’ai tenté de redonner un peu de sens, d’organiser des activités qui ne dépendent pas de moi, lancer des chantiers qui débordent de mon périmètre. Mais cela n’est pas suffisant. La révolte grondait à l’intérieur et tout a explosé. J’ai juste envie d’être seule.

 

Liste des questions à ne pas poser et des choses à ne pas dire
à quelqu’un qui va mal

Tu te sens mieux aujourd’hui ?
Prends sur toi
C’est quand même pas la mer à boire
T’aurais pu en parler avant
Si tout le monde s’écoutait, le monde ne tournerait pas…
T’es quand même plus forte, intelligente…que tout ça
Et je vais devoir attendre combien de temps que tu ailles mieux ?
Tu vois l’avenir comment ?
Y’a pire quand même
Moi aussi si je m’écoutais…
T’as bien dormi ?
Et là, tu penses quoi ?
Ça veut dire quoi ?
Et pourquoi maintenant ?
Tu pourrais penser à nous quand même !
Tu crois que tu vas résoudre ton problème comme cela ?
Si j’étais toi….

Ce matin, il m’a demandé si je me sentais mieux. Cela fait juste 48 heures que j’ai failli devenir folle et je devrais aller mieux ?  Est ce que j’ai le droit de me laisser aller dans la tristesse ? La colère est passée, ma roue de Hudson est out. Phase de tristesse, je sais que rien ne sera plus jamais comme avant. J’ai besoin de traverser la vallée des larmes. Laissez moi pleurer tout mon saoul, laissez moi seule. J’ai pas les mots pour expliquer. Peut être juste un poème qui a surgi comme les mauvaises herbes qui poussent sur le trottoir.

Parfois une traversée aride est nécessaire
Parfois le chemin de pierres se fait en rampant
Laissez-moi flotter dans la vallée des larmes
Donnez-moi l’autorisation de noyer mes peines

Parfois les rebonds deviennent trop lents
Parfois les pieds trop lourds et le cœur s’assèche
Laissez-moi déverser les vagues de tristesse
Donnez-moi le droit de danser sur la corde

Parfois tout se vide et déborde
Parfois le funambule tombe
Laissez-le respirer et vivre sa chute
Donnez-lui juste le temps de recoudre les fils

 

Quatre jours de médicaments, des litres d’eau versés. Plus rien. Je ne sens que mon amertume et ma colère sont encore là. Même le sommeil est moins présent. Juste envie de m’engloutir.

Je suis triste. Inexorablement triste mais plus aucune larme. Je m’abrutis devant des films débiles pour pourvoir faire jaillir ces larmes coincées. Les jours passent, les massages du kiné ne changent rien. Je souffre sans vraiment savoir de quoi. J’ai mis du vernis à ongle ce matin. Sur mes ongles de pied, du rose. C’est comme un acte de résistance face à la bête qui est en moi. Je vois le docteur mardi mais je ne sais même plus quoi lui dire. Je suis triste. Vide, Eteinte. Il me faut de l’énergie car en fin de semaine, j’ai un engagement dont je ne peux me défaire. Accompagner des jeunes créateurs d’entreprise sur le chemin de la connaissance de soi. Quelle blague…Je dois les avertir que cela peut faire mal. Très mal. J’avance.

Je sais que j’avance.

Je sais aussi que j’irais mieux. J’ai envie que cela aille vite mais au plus profond de moi, je suis cassée en mille morceaux. J’ai mal.

 

Et puis un jour, tu retournes dehors, tu marches, tu marches encore. Tu commences par quelques mètres. Tes pas t’accompagnent dans un parc public le matin. Tu croises les vieux et les femmes en bande. Tu ne fais partie d’aucun groupe, cela n’existe pas le gang des dépressifs. Tu commences à en rire. Et puis tu aperçois un écureuil sur un arbre. Un petit minuscule qui s’arrête et te regarde dans les yeux. Tu crois en un signe. Tu prends moins de médicaments mais un peu quand même. Tes véritables amis sont présents, présents et présents. Un livre te sauve la vie mais c’est une autre histoire. Tu pars quelques jours en voyage, tu te forces et la beauté d’une ville te redonne l’espoir. Il y aura d’autres villes, il y aura d’autres instants de félicité. Tu pries dans une église juste pour savoir ce que cela fait.

Tu rentres et tu sais que le chemin est entamé. Il a commencé ce fameux matin où tu as baissé les armes. Tu n’es plus en guerre. Les ennemis sont à l’extérieur de toi, d’ailleurs toi tu vas mieux. Tu iras mieux, c’est évident. Ce sont les Autres qui sont malades.

@LaurenceMarino2018

 

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18. Série Mes petits secrets

Le tout premier…

Le non-secret c’est que j’aime les tatouages. J’en suis même addict depuis quelques années. C’est pas vraiment un secret sauf pour ceux qui me rencontrent en plein hiver ! Parfois on me demande d’où vient cette tardive passion et je n’ai pas vraiment de réponse. Vous savez c’est comme quand on aime, on n’est pas forcément capable de dire pourquoi.

Alors aujourd’hui, on trouve plusieurs tatouages sur mon corps, parsemés comme des constellations. Ces comètes attendent toujours leur petit frère ou petite sœur à naitre…Plusieurs naissances sont prévues je ne vous fais pas de dessin !

Mais avant les toutes premières étoiles, il me faut bien avouer que mon histoire avec l’encre a commencé bien plus tôt.

Rapide bond dans le passé…J’ai quatorze ans (mon Dieu ma chipie a treize ans aujourd’hui…) et je suis amoureuse. C’est ma toute première histoire et l’évidence de devoir marquer cela. J’écris déjà des journaux intimes et poèmes mais ce ne devait pas être suffisant. Le nec le plus ultra est le tatouage, celui des rebelles, celui qu’on faut seul parce que c’est plus cool. Alors commence le bal du compas et de l’encre de chine. Ames sensibles et estomac fragiles, sautez quelques lignes…

Je fais cela cachée dans ma chambre et lors des cours lorsque je m’ennuis. Plusieurs jours d’affilée, je vais enfoncer l’aiguille et mélanger mon sang avec l’encre de chine. Je vous passe les croûtes et les pansements sauvages. J’ai essayé plusieurs méthodes, mettre l’encre sur la plaie, attendre que cela sèche et passer le noir dessus. Chaque geste enfonçait l’encre dans le derme. Pas question de révéler cela à mon père qui m’aurait certainement punie jusqu’à la fin de mon adolescence. Petit à petit une initiale a pris sa place.

Durant quelques mois j’ai porté des manches longues (même à la plage).
Les années qui ont suivies, les plus attentifs me posaient des questions sur cette marque.

Aujourd’hui, la lettre s’est gentiment effacée, elle se mélange à mes grains de beauté. Il en reste quelques pigments comme une trace de cette année de troisième.
Unknown

 

Lou comme vous ne la connaissez pas. Nouvelle

J’ai vraiment des idées farfelues avec mes copines de stylo. Chaque vendredi, on s’invente des histoires, on s’en raconte et on rigole. Enfin, je riais jusqu’à vendredi dernier. On cherchait notre nouveau thème : écrire des contes ou des dialogues… Pas assez drôle pour notre club des dissidentes. Alors on recherche, on cogite. Soudain le regard d’Isabelle s’illumine «  On écrit sur un personne, chacune un texte ». Monique et Valérie renchérissent «  Oui et chacune sur un ton différent, pas d’autobiographie ». Moi au départ j’ai trouvé cela aussi très amusant. Isabelle a pris un magazine, on a pensé tout haut : un personnage politique, imaginaire, connu ? .

Quelques noms fusent mais aucun qui ne fait l’unanimité. Et là, j’entends «  Lou Andréas Salomé ». Mes muscles se tendent, ma bouche devient sèche. Je deviens muette, c’est pas mon habitude. Trois voix contre une, je tente de proposer d’autres noms mais c’est adjugé et vendu.

On s’est quittées à 16 heures, l’heure de récupérer les gosses à l’école. Je souriais moins mais je ne pouvais pas leur expliquer. J’ai conduit ma voiture comme un automate. Quand je suis arrivée à la maison, je me suis enfermée dans ma chambre. J’ai pleuré et je suis allée vomir.

Tout a commencé à la mort de mon père. Une subite envie de découvrir qui était cet homme mystérieux et blessé. Un oiseau sauvage qui m’avait aimé de loin. Une famille paternelle inconnue, une naissance sous X et une enfance morbide, c’était l’héritage légué par mon père. Jamais je n’avais cherché mes racines, celles de ma mère me suffisaient amplement. Mon père avait entrepris de remonter le fil de ses origines. Il avait trouvé, ma mère en était persuadée. Il nous avait quitté ensuite très vite sans explication. C’était étrange mais il avait toujours montré des signes de marginalité. J’ai hérité de la folie qu’on lisait dans ses yeux quand il parlait d’un sujet qui le passionnait.

Ma mère m’avait demandé de mettre de l’ordre dans la cave avant de vendre l’appartement dans lequel il était venu se terrer. Je n’étais jamais venue. Il m’interdisait l’accès.

Un bel après-midi d’été, j’ai mis la clé dans la porte. La serrure grippait. Je suis entrée dans un lieu noir, sombre et humide. Pas un fou du ménage le père. Ni du rangement d’ailleurs. Un amoncellement de livres, de lettres et de photos. Je ne savais pas qu’il s’intéressait autant à Freud, Rilke, la psychanalyse et la poésie. Cela m’a pris deux jours pour tout rassembler et mettre des mots sur le puzzle laissé en plan. Comme si mon père avait voulu me laisser découvrir le mystère de sa naissance.

J’ai pu comprendre sa descente dans les enfers grâce au carnet qu’il avait noirci. Comme pour expliquer.

13 Avril

Quelle salope ! J’ai lu toute sa bibliographie. J’ai avalé également toute sa correspondance. La muse, l’apôtre de ces hommes. Elle les a bien menés en bateau. Et que je te refuse un mariage. Et que je te tourne la tête des philosophes et des artistes. Et que je vis avec deux gars en même temps sans consommer avec aucun. Elle s’est frottée de près avec quelques gars, la preuve je suis là. Si j’ai bien tout compris, j’aurais dû avoir deux frères ou sœurs. Ah la femme libre qui a avorté … La même qui ensuite a passé 35 ans sans coucher avec un gars. Elle les aimait vraiment pas. C’est pour cela qu’elle m’a abandonné. Si j’avais été une fille, elle m’aurait peut-être gardée. Elevée dans les jupes, bercée au contact de ses amies chères et tendres. Une gouine, ma mère était une gouine. Je deviens fou. Elle m’a donné à une famille française qui m’a élevé. J’ai crevé de faim, j’ai été dans des écoles minables. Elle était riche à mourir, elle aurait pu m’offrir en plus de la vie une chance d’être quelqu’un. Elle devait vraiment me détester pour m’éloigner autant d’elle. Un bâtard qui aurait jeté une ombre sur le personnage.

2 Mai
Plus je la découvre, plus je la déteste. Elle était antisémite. Pas possible d’en parler. J’ai honte. C’est trop dur, je quitte la maison. J’ai honte de ma génitrice. Lou Andréas Salomé.

Ma grand mère c’est Lou Andréas Salomé. Comment je vais leur dire aux copines ? C’est complètement fou. Elles auraient pu choisir n’importe quelle bonne femme un peu célèbre… Avant la mort de mon père, je ne la connaissais même pas. Depuis, j’ai tout lu.

Et mon portrait, qu’est-ce que je vais y mettre ? Peindre la bohémienne, la voyageuse, la femme libre, la beauté pas ordinaire ? Chanter l’auteure, la faiseuse de mots ? Raconter ce que j’ai découvert de cette femme ? Rompre la magie des images jaunies ? Dire qu’elle a fini seule ? Relent d’antisémitisme. Folie nazie. Lesbienne à peine cachée. Déballer qu’elle a voulu parler d’amour toute sa vie et qu’elle ne l’a jamais connu.
Liolia disait «  Le monde ne te fera pas de cadeau, crois-moi. Si tu veux avoir une vie, vole-la ».

On peut dire qu’elle était l’experte en vies volées. Elle a travesti son prénom, transformé les noms des hommes qu’elle fréquentait, rendu fou ses proches, mis la main sur la fille de Freud. Elle a volé la vie de mon père. Il est devenu fou. Fou de tristesse. Triste de ne jamais avoir été aimé par sa propre mère.

C’est comme si son fantôme me hantait, moi sa petite fille il va bien falloir que je trouve enfin les mots.

Fin

Série Les petits secrets. 16

Le ridicule ne tue pas. Je pourrais faire mienne cette maxime autant ma propension à étaler ici et là mes faiblesses et petits défauts est forte.

En définitif, dès que mes petits secrets sont tartinés sur mes feuilles tranches de pain, je peux y rajouter du beurre ou subir des salves de réflexions…Je m’en fiche ! Parce que voyez vous, et ça ce n’est pas un secret JE SUIS LIBRE.

Dès mon plus jeune âge, ce goût de la liberté s’est manifesté par des croyances différentes de celles des autres. Mes camarades avaient peur du Père Noel qui les tenait en haleine tout le mois de Décembre, d’autres redoutaient le croque mitaine (plus vieux que moi quand même !). Ces drôles de personnages avaient très peu d’impact sur moi. Ma vie d’enfant était peuplée d’autres créatures bien plus fortes.

Il y avait par exemple le monstre de la cave, celui qui ouvrait la porte la nuit et pouvait m’avaler. Celui même qui pouvait aussi me faire tomber et m’engloutir tout cru. Il y avait aussi les rois et reines escargots qui me faisaient tourner en bourrique en refusant de procréer dans les bocaux de verre qui leur servaient de palais.

J’avais également quelques elfes qui me chuchotaient à l’oreille que si je comptais à chaque montée chaque marche de l’escalier…un jour, une marche disparaitrait.

D’autres m’imposaient de toujours m’endormir du même côté au risque de retrouver ce chien noir horrible qui mordait. Quelques anges virevoltaient autour de moi me conférant un statut d’enfant étrange.

J’ai cru longtemps que les courants d’air figeaient sur les visages les grimaces des enfants et qu’on lavait à l’eau de javel la bouche après chaque gros mot.

Peut-être que tous ces compagnons m’ont soufflé plusieurs secrets à l’oreille que j’ai par la suite répétés à ma fille…C’est comme cela que j’ai transformé les péages en piège à sorcière imposant à ma chipie de se cacher à chaque fois. Comme cela aussi que j’ai réussi à lui faire faire des prises de sang en lui expliquant que son sang de princesse allait sauver quelques vies, qu’en attachant son lit au radiateur il ne s’envolerait pas.. C’est certainement à cause de cela qu’elle m’a avoué avoir cru que les rafales de vent allaient lui permettre de s’envoler dans la cour et donc qu’elle courrait durant des récréations entières. Ses doudous ont eu droit à un traitement de faveur car elle était persuadée qu’ils ressentaient peine et colère.

Je vous l’avais annoncé le ridicule ne tue pas. Ces secrets se transmettent de mère en fille, vous le découvrez ?

Ils sont autant de petits cailloux qui me ramènent à une enfance particulière. Celle qui trempait la main dans la cressonnière persuadée qu’un homme y était mort noyé. Mais c’est une autre histoire…un autre secret….

 

 

 

El Paséo. Nouvelle

11h30, un bus jaune et rouge, bondé d’ouvriers et de gosses la dépose à l’angle d’ El Paséo. Manon fait vingt mètres à pied et se trouve sur l’unique place pavée du village de pêcheurs. Elle regarde sa montre d’un geste rapide. La place est animée. Les terrasses sont occupées par des touristes au teint blanc et aux shorts courts. Près de la fontaine, des enfants jouent au ballon. Les mères leur crient de faire attention aux tables proches. Les rires éclatent. Manon les regarde en souriant. Elle est habillée d’une robe légère noire. Ses lunettes couvrent son regard. Elle porte sur sa tête un large chapeau en paille. Ses cheveux longs sont détachés et des mèches apparaissent débordant de la coiffe. Elle a encore son vernis très rouge sur les ongles. Elle sourit en pensant au décalage entre ce bord de mer et le bureau qu’elle a quitté hier.
Elle vérifie à nouveau sa montre. Des gouttes filent de son front à son cou. Les plantes des rebords des fenêtres ont souffert de l’été. La terre des pots est craquelée.

Dans le café, les serveurs lancent à voix haute les commandes. Les verres s’entrechoquent, le barman décapsule les bouteilles en verre. De la machine à café s’échappe un vrombissement sourd et constant. Un marchand de glaces fait tinter une clochette à chaque cornet vendu. Trois scooters traversent la place déclenchant les hurlements apeurés des mères. Une se jette sur les enfants pour les protéger de l’assaut mécanique. Manon sort de son sac un élastique et un mouchoir en papier. Elle enlève son chapeau afin d’attacher ses cheveux et s’essuie le front. Son regard se porte sur son poignet droit. Elle scrute la place. Elle fait le tour de la fontaine et s’assoit à la terrasse du café. Sur une pancarte, il y est inscrit «  Ici on vous parle anglais et français ». Quand le serveur s’approche, elle commande d’une voix claire « Une limonade s’il vous plait avec beaucoup de glaçons et une paille ». Elle attrape le journal local écorné, l’ouvre, le referme et le pose sur la table. Elle croise et décroise ses jambes, ôte ses lunettes, joue avec ses doigts et ses cheveux. Elle enlève ses sandales et se masse les pieds. A présent, les enfants jouent aux cowboys et aux indiens. Une vieille dame les houspille et leur demande de s’éloigner d’un geste de la main. Une musique latine surgit de l’immeuble en face du café. Une jeune fille noire comme l’ébène se penche du balcon et appelle les voisins du dessous.

Manon regarde encore sa montre. Son avion a atterri il y a quinze heures. Il faisait nuit et un taxi l’a déposé aux portes de son hôtel. Elle a pris une douche. Après avoir mis le réveil pour de ne pas rater son rendez vous, elle s’est allongée sur son lit kingsize. Le ventilateur l’a empêchée de dormir. L’excitation aussi. Elle est arrivée un peu plus tôt que prévu sur le lieu de rendez-vous. Elle voulait prendre la température locale, s’installer et l’attendre calmement. Elle a encore soif, elle sait qu’il est presque midi et il va bientôt arriver. Sa bouche est sèche, elle garde pourtant le goût du citron sur ses lèvres. Elle sait à quoi il ressemble après ces dix années passées. Elle a vu toutes ses photos sur son profil facebook. Tom est un bel adolescent de 15 ans, il a les yeux toujours clairs et un beau bronzage. Il ressemble à son père sur les images.

«  Marraine ? » Elle a bien entendu ? Cette voix lui parlant en français….Sorti de nulle part, le jeune adolescent est là debout près de sa chaise. Elle hésite, sort ses lunettes et se décide à se lever. Ce n’est pas un inconnu qui se dresse face à elle, elle l’a vu naître. Qu’il est beau ! Il est bien plus grand qu’elle. Il porte un tee-shirt blanc et un short de bain bleu clair. Grandir sur l’île lui a réussi. Une vague de chaleur et de bien-être déferle en elle. Elle n’ose pas le toucher. Le jeune homme moins intimidé la serre dans ses bras. Elle en profite pour l’enlacer. Quel gâchis ! Elle ne reconnaît plus son odeur. Elle a laissé un petit enfant aux senteurs de crème à la vanille et retrouve un presque homme enduit de parfum ambré bien trop viril pour lui. Ses cheveux ont les mêmes reflets que ceux de sa mère. Autour d’elle, elle perçoit la clochette du marchand de glaces et voudrait que le temps se fige. Elle sait que le moment magique va s’interrompre dès qu’elle ouvrira les yeux. Bientôt elle sait qu’il faudra parler, entendre le récit des derniers événements douloureux. Tom desserre son étreinte mais elle insiste et d’une voix fragile réclame «  Tom, encore un peu s’il te plait, chut…. ». Elle garde les yeux fermés comme pour suspendre les secondes et là elle voit défiler son propre mariage, les essayages de la robe blanche, les fous rires, les virées dans le Pays basque, les travaux dans la maison, les déménagements, les pleurs et les anniversaires. Elle se retrouve projetée quinze ans en arrière, le temps où il n’y avait pas les enfants, le temps où elle et la mère de Tom étaient les meilleures amies du monde. Elle voit aussi leurs parents, les copains de l’époque et ceux qui ne sont plus. Elle est aussi assise devant cette table de salle à manger où durant des nuits entières les parties de tarot les tenaient éveillés. Elle entend la voix de son amie au téléphone lui expliquant qu’elle passe ses journées à vomir, que c’est une catastrophe. Elle revoit leurs ventres s’arrondir. Elle se souvient de ce jour de septembre où elle a attendu à la porte de la salle d’accouchement. Elle sait que quand elle va ouvrir les pupilles, là maintenant, elle va devoir vivre le présent, partager la douleur de Grain de riz, c’est comme cela qu’elles l’avaient surnommé durant neuf mois.

Un enfant les bouscule. Leurs yeux sont humides et le jeune homme est un peu hébété. Du haut de son mètre quatre vingt, il baisse les épaules. Ici, tout le monde sait que son père est mort. Son « vieux » n’est plus là pour couvrir ses frasques du week-end et pardonner ses retours matinaux arrosés de rhum.

Quand il a fait ses recherches sur le net, il ne savait pas qu’il allait retrouver la trace de sa marraine et encore moins que 72 heures après elle serait là. Lorsque sa mère va se rendre compte de ce qu’il a fait, elle va certainement entrer dans une colère noire.
Tous les deux sur cette place le savent et appréhendent son mauvais caractère légendaire. Mais comment faire ? Il n’a que 15 ans et ne peut plus affronter la douleur maternelle. Sa grand-mère est là aussi mais ce n’est pas assez. Cette dernière est arrivée au lendemain de l’accident. Elle a pris en charge les funérailles et la tonne de papiers administratifs à remplir. Sa mère s’est enfermée. Cela fait deux mois que Tom l’entend pleurer toutes les nuits. Elle ne va plus au travail. Le soir, sa grand-mère lui raconte la rencontre de ses parents, leur première vie en France et sa naissance. Quand elle a parlé de sa marraine, il a été très étonné de ne pas avoir entendu sa mère évoquer cette femme. Cette femme avait disparu de leur vie. Sa grand-mère ne savait pas pourquoi elles s’étaient perdues de vue. Tom avait senti que c’était une solution pour sortir sa mère de sa léthargie. Il avait mal lui aussi mais sa jeunesse lui permettait de voir l’avenir en plus rose.

A Bordeaux, quand ce mail était arrivé, Manon avait bien entendu cru à une plaisanterie. Une heure après elle fouillait à la recherche de son passeport et réservait un billet aller-retour. C’était évident qu’elle allait venir tout de suite, il ne devait pas s’inquiéter, bientôt elle arrivait. Elle rêvait souvent aussi de cet enfant qui grandissait loin d’elle. Quand elle a pris l’avion, elle a enfin réalisé que des années de silence les séparaient. Une angoisse l’avait prise à la gorge l’empêchant même de pleurer. Elle avait tenté de répondre contact en vain. Alors pour permettre à la douleur du vide de s’estomper, Manon s’était racontée une histoire. Une qui lui permettait de vivre sans trop pleurer cette amitié.
Dans quelques heures, elles allaient se retrouver face à face. Quand elle tapera doucement à la porte de la chambre close, elle s’entendra répondre «  Je n’ai pas faim, laissez-moi tranquille ». Alors, elle répondra «  C’est moi, ouvre ».

Après la première stupeur viendra la colère et la colère laissera place au pardon. Elles effaceront alors les silences et les rancœurs communes. Tom entendra raisonner dans la maison les fous rires et la complicité retrouvée. Il reprendra le chemin du lycée en laissant les deux amies affronter ensemble la tristesse et le deuil.

Mais avant tout cela, il faut seulement lâcher cette étreinte, parcourir la place et aller frapper à cette porte de chambre close depuis trop longtemps.

                       Fin

La brèche. Nouvelle courte

«  Tais-toi
– Mais je ne dis rien
– C’est pire, tu nous fais chier avec tes silences
– J’ai mal
– Tu ne saignes pas ? Tu n’as rien de cassé ?
– Si. Mon âme
– Ferme la, tu cries trop fort ».

Ils sont assis face à face dans la cuisine. Elle, ratatinée sur une chaise en osier, vêtue d’une robe grise et ses cheveux mi-long ramassés en une couette folle. Lui, encore en tenue de travail, un bleu ou un costume, on ne voit plus très bien. C’est juste bleu. Un bleu comme la mer profonde, un bleu qui ne salit pas. Il est rasé et ses cheveux sont courts.

Sur la table, deux assiettes, deux verres, des couverts. Pas de nappe pour ne pas avoir à laver du linge. Parce que oui, faire les lessives, c’est agaçant. Une montagne de vêtements dans la pièce du fond. Ils ont cette fameuse pièce, au fond, qui ne sert à rien et à tout. Pas d’enfants à mettre à l’intérieur et encore moins d’amis. Ils ont gardé le lit d’appoint. Pour ceux qui ne viennent jamais. On doit être prévoyant. Il garde également tous les emballages de Noel au cas où. Aussi.

Ce soir, elle a préparé des pâtes, c’est rapide et il en reste toujours pour le lendemain midi. Elle avait envie de manger autre chose mais il n’aime pas les légumes. C’est pour les nanas ou les gosses.

Les autres soirs, elle ne parle pas beaucoup, juste quelques mots pour relancer son monologue à lui. Juste pour lui montrer qu’elle est attentive. Oui, bien sur, peut être, ah bon. C’est tout. Mais aujourd’hui, elle a envie d’autre chose. Etait-ce à cause des panières à linge qui débordent ? A cause de sa voiture qui n’a pas voulu la conduire au travail ? De cet inconnu qui s’est arrêté pour lui prêter son téléphone ? J’ai besoin d’appeler mon assurance, la dépanneuse, merci Monsieur.

Il a répondu qu’il pleuvait trop, qu’il ne fallait pas rester sur le bord de la route. Ils ont été s’abriter dans un café, elle a pu téléphoner. Une heure. Je vais rester avec vous, c’est plus prudent.

Soixante minutes, il a écouté, posé quelques questions et c’est comme si une vanne s’était ouverte. Après les mots, des larmes. Après les larmes, une main posée sur la sienne. Ce n’est pas mon habitude. Je sais il a répondu.

La dépanneuse était en retard, ils ont déjeuné. Elle n’a pris le numéro de téléphone qu’il lui donnait. Cela ne servirait à rien. Elle est mariée, malheureuse mais mariée. Cela ne se fait pas mais merci pour tout.

Elle est repartie avec le garagiste, on allait lui envoyer un taxi pour aller jusqu’à son bureau. Quelques heures plus tard, elle ne se souvenait pas de la couleur des cheveux de son sauveur. Elle avait oublié son prénom, Marc ou Mathieu. Peu important. La boule coincée au travers de sa gorge faisait des allers retours avec son ventre. Son estomac et plus bas aussi.

Sa collègue l’a ramenée à la maison après le travail. Tu es fatiguée ou juste bizarre ? J’ai mal. J’ai terriblement mal mais je ne sais pas pourquoi. Elle lui a conseillé d’en parler à son mari après tout c’est lui qui la connaissait le mieux quand même.

Elle pensait qu’elle ne se connaissait pas et que lui encore moins. Mais elle lui parlerait. Comment faire autrement d’ailleurs ? Il fallait bien que cette boule sorte et parte faire son chemin ailleurs.

« -J’ai mal. Vraiment mal tu sais
– T’as qu’à prendre un cachet ou aller te coucher. Tu ne vas pas me faire chier encore avec tes trucs. T’as tes règles ? ».

Ses règles, elles avaient disparues depuis plusieurs mois mais elle n’avait rien dit. C’étaient des trucs de nanas comme il disait. Chaque mois, elle gardait ce secret pour éviter d’écarter les jambes au moins durant une semaine.
Ce soir, ce qui s’est légèrement ouvert, c’est la brèche.

 

Unknown