Le coeur caramel. Nouvelle

« J’ai le cœur caramel ». Elle m’avait balancé cette phrase comme ça. Sans filtre, sans explication. Sans blabla ni chichi. Pour être franc avec vous, j’étais tellement hypnotisé par sa poitrine que la couleur de son cœur m’importait peu. Ses seins…Si vous aviez vu…Des grosses pommes, de belles boules qui n’attendaient que mes mains. Ou ma bouche. Ou les deux. J’aurais dû un peu plus l’écouter…
On s’est vu plusieurs soirs, des journées, on est même partis en week-end. Tout son corps prenait de la valeur à mes yeux. Ses mots d’esprit, son sens de l’humour et même parfois ses mots tendres. Elle m’appelait « mon chéri » et je trouvais cela charmant. De plus en plus charmant.

Quelques semaines après notre rencontre, j’étais cuit. Je lui faisais un double de mes clés. Ben oui, c’était plus simple. Elle venait à la maison après avoir fini sa journée. Deux coups brefs à la porte, j’ouvrais. Ses grands yeux marron, son sourire et nos bouches mélangées. Pas une seule fois, je ne l’ai laissée entrer et s’installer tranquillement. On se déshabillait dans l’entrée et baisions sans discussion. C’était assez incroyable notre appétit l’un de l’autre. J’avais connu de nombreuses femmes mais jamais une comme elle. 

Une fois repus, nous restions posés sur le canapé ou sur mon lit et fumions clope sur clope. Elle se levait, picorait dans mon frigo. Alors les clés, c’était pour qu’elle puisse me surprendre, qu’elle puisse entrer avant que je ne revienne du boulot. Pour créer de la surprise, du changement quoi !

Ma dernière histoire remontait un peu et s’était finie assez brutalement. Faut dire que mon ex avait une horloge dans le ventre. Elle se pâmait devant les boutiques de robes de mariée, s’extasiait devant les mioches à la télé. On est resté deux ans ensemble, c’était sympa mais je n’étais pas amoureux. Un truc agréable rien de plus. Je lui ai envoyé un sms, elle méritait mieux que moi. Depuis, je butine, je déguste, je prends du bon temps et tout va bien. 

Louise, elle a surgi au coin d’une rue. Comme dans les pubs, on s’est rentré dedans, on a ri après l’effet de surprise. Elle s’est engouffrée dans un café, je l’ai suivie. On n’a pas tourné autour du pot. Une onde de chaleur s’était propagée chez moi. Et chez elle. C’était cru, direct, j’aimais cette liberté. Pourquoi alors lui donner mes clés ?…Bon, en vérité, je me suis dit qu’elle allait avoir besoin de marque d’affection. J’avais très envie d’elle, encore. Je voulais la garder un peu alors les clés, c’était pour lui dire de faire comme chez elle. Les nanas, j’avais compris qu’elles avaient besoin qu’on s’intéresse à elles, qu’on leur donne des preuves. Louise, elle ne m’a rien demandé. D’ailleurs quand je lui ai dit qu’elle pouvait prendre les clés, elle n’a pas répondu. Un sourire et on a continué à se caresser. Quelques heures après elle est rentrée chez elle. Le trousseau était sur le comptoir. J’ai cru qu’elle l’avait oublié mais elle est revenue et n’a rien pris. Je me suis dit que j’avais été trop rapide ou pas assez délicat. Un soir, j’ai préparé un diner avec des bougies, un bouquet de fleurs. Elle a ri. Gentiment et elle s’est dévêtue. J’en ai parlé aux filles du bureau. C’était étrange quand même…Les clés, les trucs un peu romantiques, rien ne semblait la toucher.

Ça a commencé à me prendre la tête, au sens littéral du terme. Je me surprenais à faire la gueule, à réfléchir, à penser à ça même quand elle était sur moi. Un vendredi soir, je lui ai proposée de rester tout le week-end. C’était un bon signe pour qu’elle comprenne que j’étais accro. Mais elle a décliné l’invitation. On a diné et je l’avais en travers la gorge son « non ». J’ai même gerbé le diner. Quand je suis revenu de la salle de bain, elle était nue mais je ne bandais plus. J’étais amoureux. Alors je lui ai dit que j’étais accro. Elle avait changé tout dans mon quotidien. 

« J’ai le cœur caramel ». Je l’avais déjà entendue cette phrase, vague souvenir. Elle m’avait dit ça à voix basse, avec beaucoup de tendresse. Moi mon cœur, il était aussi rose que les photos du ciel qu’elle m’envoyait parfois le matin. Mon cœur il était noir des nuits que je passais sans elle. Mon cœur il était rouge des roses que j’avais envie de lui offrir. Mon cœur était mauve des coups qu’elle me donnait. Mon cœur, il était arc en ciel. Il sentait la verveine des tisanes que j’allais lui faire quand on serait vieux. Il était champagne, rhum et téquila à la fois. Mon cœur était sucré, salé, amer et acide. Le sien pouvait bien être caramel, je l’aimais comme ça. 

Louise, elle ne souriait plus autant. Son coeur caramel, il aimait fondre pour des hommes. Il appréciait la chaleur et la fusion. Il aimait se transformer. Son cœur, il balançait entre le solide et le liquide, il était chimique et naturel à la fois. Moi, je voulais bien être son fournisseur de sucre ou d’eau ou de chaleur. Je voulais bien endosser le rôle de marchand de bonbons, de vendeur de rêves ou même de pourvoyeur d’impossibles. Je lui ai dit. Le risque, c’était qu’elle fonde pour un autre. Ma Louise, elle n’était pas très fidèle mais comment lui en vouloir ? J’étais comme cela depuis mes dix-sept ans. C’était mon double que je rencontrais, je ne pouvais que l’aimer.

On a fait l’amour pour la première fois ce soir-là. C’était meilleur, je me suis autorisé à lui murmurer des mots de non-amour, des trucs rares et secrets. Elle a dit l’inverse et on a beaucoup ri. Elle m’a fait promettre de ne jamais fermer la porte mais a refusé de prendre les clés.

Fin

@LaurenceMarino2018

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